Pierre Roland Mercier, auteur.


 

LISEUSES ÉLECTRONIQUES OU LIVRES SUR PAPIER ?

La lettre d'outre-tombe

 

LISEUSES VS LIVRES PAPIER


Je suis de ceux qui n’ont touché au monde des liseuses du style Kindle, Kobo et autre que depuis peu. J’avais déjà tablette électronique et ordinateur, je n’en voyais donc pas l’utilité. Et puis, par curiosité, j’ai commandé la Kindle Voyages. Quelle bonne idée j’ai eue. La lecture est agréable, sans aucune fatigue oculaire même après plusieurs heures. Pourtant, en version papier, sans doute à cause de l’éclairage, je fatigue après une heure ou deux habituellement.

Autre facteur qui m’a séduit, le poids plume de l’appareil. C’est tout léger, infiniment plus léger que les livres que je lis d’habitude. Cela semble insignifiant, mais c’est un des facteurs qui me semble les plus importants. Je transporte tous mes livres dans ma liseuse Kindle poids plume.
Sans blague, le fait d’avoir avec moi tous mes livres, synchronisés avec ma bibliothèque gratuite sur le nuage (Cloud) de Kindle, me donne aussi une sécurité appréciable.

Je peux relire mes livres à mon gré et jamais je ne les cherche dans la maison. Ils sont là, dans ma liseuse. Et puis, par un bel après-midi, je sors sur le patio, plein soleil, comme j’aime le faire avec un bon livre, sans penser que la lumière trop forte va handicaper ma lecture. Surprise, la liseuse s’ajuste ou je ne sais trop quoi, mais la lecture est tout aussi confortable, comme à l’intérieur. Le soir, je veux lire au lit, pas de souci, la liseuse me donne l’éclairage dont j’ai besoin.

Le plus beau de tout cela, c’est la durée de la pile. Je l’ai depuis plusieurs semaines, et pas encore je n’ai eu à la recharger. Quelle merveille ! Et dire que j’ai hésité à m’en procurer une. Ce qui me faisait hésiter ? J’aime l’odeur du papier, celle de l’encre et l’épaisseur des pages entre mes doigts. Le livre papier c’est du concret pour moi, et, franchement, je me disais que rien ne le remplacerait jamais, surtout à mon âge.

Mais voilà que je me ravise, et gravement. Au point que je n’ai lu qu’un seul livre papier depuis que j’ai ma liseuse Kindle et je n’ai pas apprécié comme auparavant. Je ne peux pas manipuler le livre comme je manipule la liseuse, je ne peux pas le tenir aussi longtemps entre mes doigts, il est bien trop lourd et je ne peux pas non plus changer de posture aussi aisément que je peux le faire avec ma liseuse. En fait, et c’est peut-être un inconvénient pour certains d’entre nous, je me suis si vite gâté avec la liseuse que le livre papier me fatigue.

Maintenant, je me sens balourd lorsque je l’ai entre les mains. J’ai l’impression qu’il pèse une tonne et qu’il me demande davantage de concentration pour tout bien saisir. C’est fou ! Moi qui ai lu des milliers de volumes sur papier pendant plus de 50 ans, comment en suis-je arrivé là ? Il n'en reste pas moins que je suis heureux du résultat, parce que j'ai gagné au change.

J’ai perdu l’odeur de l’encre et du papier, la sensation des pages, mais j’ai gagné en confort de lecture comme ce n’est pas possible et j’ai même le dictionnaire intégré accessible d’un clic lorsque je tombe sur un mot inconnu. Fini pour moi le passage de mon livre au dictionnaire, comme je l’ai fait si longtemps. Vive la liberté de la liseuse électronique.

 

LA LISEUSE ÉLECTRONIQUE UN PRÉCIEUX OUTIL POUR LES ÉCRIVAINS


Voyons maintenant, en tant qu’écrivain, ce que la liseuse me permet de faire. D’abord, je peux tout de suite lire dans ma liseuse un chapitre que je viens tout juste de terminer. Là, sur-le-champ, en format livre, avec ce feeling particulier que procure la lecture d’un livre terminé, édité. Et ça, c’est ce que j’appelle un privilège… pour un écrivain. Car il est autrement plus efficace, pour analyser un texte encore tout chaud, de lui donner la forme et l’apparence qu’il aura en version finale. Les erreurs nous sautent aux yeux bien plus facilement qu’en effectuant la relecture sur traitement de texte en format lettre.


Ceci est peut-être dû simplement au fait que la liseuse offre un format différent de celui dans lequel nous écrivons notre premier jet, car c’est ainsi qu’on désigne la toute première version d’un roman. Mais peu importe la raison, c’est le résultat qui compte. En ce qui me concerne, je termine un chapitre et je le transfert dans ma liseuse. Aussitôt, je le relis comme si j’étais un lecteur, car le format me fait me sentir dans la peau du lecteur et non dans celle de l’auteur, curieusement. Le texte m’apparait tel que les lecteurs le verront et, le sachant, c’est encore plus facile d’y croire. Je suis donc mieux en mesure de percevoir le lien intime qui se tisse entre les mots, les phrases, et le lecteur. Beaucoup mieux, en tous les cas, que j’arrive à le faire sur mes textes originaux en format lettre dans le premier jet. Bref, je gagne du temps et je perfectionne mon premier jet, de sorte que les corrections suivantes en sont simplifiées.

Parfois, un paragraphe pose un problème de construction particulier. Quelque chose ne va pas, mais il est difficile de mettre le doigt dessus dans le format lettre du premier jet. En le lisant dans une liseuse électronique, les erreurs se détectent plus aisément, pour les raisons énoncées plus haut. Sans la mise en forme de la liseuse, il me fallait souvent mettre de côté ces passages problématiques durant quelques jours, avant d’y revenir. Ceci pour mieux m’en distancer. Et justement, c’est le principal avantage de la liseuse pour l’écrivain, celui de fournir un contact plus réaliste avec le texte en pleine rédaction. C’est un peu comme si je prenais le premier jet pour le faire imprimer sous la forme d’un livre standard, et ainsi voir les choses de l’angle du lecteur. Si ce n’est pas un net avantage, je me demande bien ce que c’est ?

Kindle nous remet une adresse mail avec chaque liseuse. Ce qui nous permet de faire parvenir à cette adresse des documents qui se retrouvent dans notre liseuse. N’est-ce pas merveilleux ? Cela signifie que je peux faire parvenir un texte traitant d’un sujet qui m’intéresse, un dossier quelconque, à ma liseuse qui le convertit si nécessaire pour l’afficher proprement. L’autre jour, j’avais un texte à lire sur la mise en marché des livres en France. Je l’ai transféré, par mail, dans ma liseuse et j’ai pu le lire ensuite alors que j’attendais mon tour dans la salle d’attente du cabinet de l’optométriste.


SOUVENIRS INOUBLIABLES À PROPOS DES CHANGEMENTS TECHNOLOGIQUES


L’apparition des liseuses me rappelle l’arrivée des ordinateurs. Je me souviens du Salon du livre de Montréal, où on avait réuni un groupe de 8 écrivains autour d’une table pour sonder les opinions face à l’arrivée, à l’époque, des ordinateurs dans l’écriture littéraire. Sauf un, tous les auteurs en présence disaient haut et fort : « l’ordinateur pour écrire mes livres, moi jamais. » Ils précisaient, avec émotion, que l’odeur de l’encre, celle du papier, le bruit de la frappe de la dactylo, tout ça leur était fondamental et absolument indissociable de l’écriture. Les avantages de l’ordinateur, tels déplacer des lignes, voire des chapitres entiers en quelques secondes plutôt que d’avoir à réécrire une page, leur paraissaient dérisoires. À les entendre, l’ordinateur était une mode passagère, mais surtout les auteurs, les vrais, ne s’y laisseraient pas prendre et conserveraient leur bonne vieille machine à écrire.

Presque dix ans plus tard, j’assiste à un salon du livre où le sujet proposé aux auteurs présents autour de la table est l'usage de l’ordinateur dans l’écriture. Autour de la table se trouvaient presque les mêmes auteurs qui avaient déclaré rejeter l’ordinateur pour leur travail d’écriture des années plus tôt. Évidemment, leurs propos étaient cette fois diamétralement opposés, et tous, sauf un encore une fois, étaient passés à l’ordinateur et ne juraient plus que par lui. Quant au seul résistant, il répétait qu’il avait besoin de l’odeur du papier, de sa texture et du bruit de la frappe sur la feuille pour trouver son inspiration. Parions qu'il a fini par s'adapter.

Conclusion, on y arrivera tous, qu’on le veuille ou non, à lire essentiellement sur des supports technologiques. Personnellement, j’aurai résisté deux ou trois ans avant de m’y mettre, à la liseuse je veux dire, mais qu’on ne me demande pas d’y renoncer, de revenir au livre papier, je ne suis pas intéressé. Lorsqu’il arrive qu’un livre qui m’intéresse ne soit disponible que sur papier, alors je fais un effort, mais j’ai vraiment l’impression de régresser et je ne trouve pas ça facile du tout.

Je voudrais mentionner que bon nombre d’entre nous s'identifient à partir de leurs choix technologiques. J’ai été sidéré d’entendre les auteurs autour de la table, au moment de l’arrivée de l’ordinateur, dirent ouvertement que les VRAIS auteurs n’ont pas recours à un ordinateur. Et aujourd’hui, il m’arrive d’entendre des gens dire que les VRAIS lecteurs ne lisent que sur du papier. C’est la nature humaine qui veut cela, je présume !

En terminant, je vous suggère de lire à propos d'une formation en ligne qui rejoint bien des auteurs de romans. Il s'agit de celle offerte par une école de cinéma, CineCours.com - Ces cours de scénaristes sont suivis par les auteurs de romans qui souhaitent acquérir une écriture plus visuelle, plus proche de la scène filmique. Le résultat est très intéressant.


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