Pierre Roland Mercier, auteur.


 

Extrait du roman :

 

Le clavier post-mortem: Projet CPM

Le sixième sens d'Éric, roman.


RÉSUMÉ

Sans savoir ce qui lui est arrivé, Éric se retrouve dans une étrange clinique située en forêt, loin de toute civilisation. Maryse, la préposée qui s’occupe de lui, l’informe qu’il possède une âme ancienne et qu’il a été choisi afin de vivre une singulière réhabilitation dans ce lieu où se trouvent douze maisons dissimulées sous des arbres immenses. Il devra séjourner quelque temps dans plusieurs de ces maisons où il fera la connaissance de Sarah, de Marie-Danielle, de Max et de quelques autres personnes qui n’ont qu’un seul souci : lui faire prendre conscience de ses aptitudes, des aptitudes que son existence antérieure ne lui a pas permis de développer.

"Et si notre existence actuelle ne correspondait pas à ce que nous sommes vraiment ?" P.R.Mercier



Commentaire d'un lecteur, visible sur la page du roman sur le site Amazon.ca - Le style du roman initiatique est excellent. Notre imagination est piégée de façon magistrale. Une nouvelle fois l'auteur renouvelle sa façon d'écrire et ne cesse de nous surprendre! Bravo! Recommandé à ceux et celles qui aiment le développement personnel et les fins non convenues, mais bâties par un orfèvre en la matière.



CHAPITRE 1


– Réveillez-vous, Éric, vous avez bien assez dormi comme ça, réveillez-vous...

J’ouvris péniblement les yeux. Une charmante inconnue dans la trentaine se tenait près du lit dans lequel j’étais allongé. Elle me regarda en souriant tendrement, puis elle prit ma main et la serra entre les siennes.

– À la bonne heure, vous voilà enfin de retour parmi nous.

Je détachai mon regard du sien pour étudier la pièce dans laquelle je me trouvais. Elle m’était tout aussi étrangère. Je plongeai dans ma mémoire à la recherche des derniers évènements dont je me souvenais lorsque...

– Non, non, non, surtout pas. Ne cherchez pas à vous souvenir de quoi que ce soit, pas maintenant, dit la jeune femme sur un ton paniqué.

– Concentrez-vous, Maryse, fit soudainement une autre voix provenant de ma droite, vous avez bien failli le rater, concentrez-vous.

Je tournai la tête et je découvris une dame plus âgée en tailleur vert pâle se tenant debout, un peu en retrait. Elle avait un bloc à la main et elle prenait des notes.

– Allons, regardez-moi, fit celle dont je venais d’apprendre le prénom. Je dois vous poser une question, et vous devez me répondre aussi spontanément que possible. D’accord ?

Intrigué, je fis signe que oui.

– Cette question c’est… aimez-vous la vie ?

– Oui, dis-je en tentant d’être aussi spontané que possible comme elle l’avait demandé.

– C’est très bien, dit Maryse toute souriante en serrant ma main encore plus intensément.

Un silence s’installa. Un long silence en fait. Je regardai cette Maryse qui me souriait toujours, puis je tournai la tête vers le coin de la pièce pour voir sa compagne. Les deux femmes semblaient visiblement attendre quelque chose de ma part, mais je ne voyais pas. C’est à ce moment que Maryse lâcha ma main et sortit de sa poche un contenant de pilule. Elle en retira le couvercle et le renversa pour me montrer qu’il était vide.

Aussitôt, une suite d’images défilèrent en moi. Je me vis avaler des poignées de pilules. Je me vis allongé me tordant de douleur. Je portai aussitôt ma main à mon estomac, j’appuyai pour vérifier si cette région de mon corps était douloureuse au toucher. Maintenant, je me souvenais de ce que j’avais fait.

– Surtout, ne portez aucun jugement sur vous-même, Éric. Une seule chose compte désormais, une seule, c’est que vous avez affirmé aimer la vie.

Une fatigue intense s’empara de moi. Je fermai les yeux. J’entendis les deux femmes sortirent de la pièce avant de sombrer dans le sommeil.

Lorsque je repris conscience j’étais toujours seul dans la chambre. J’avais certainement dormi un bon moment. Je me sentais reposé, mais j’avais faim. Je m’assis dans mon lit. Je portais un pyjama bleu pâle. J’ajustai mon oreiller de manière à être confortable puis j’entrepris de détailler la chambre. Elle était petite, quatre mètres sur cinq, tout au plus. Elle comportait une porte et une fenêtre par laquelle je ne voyais que des arbres à perte de vue. Les murs étaient peints en bleu ciel. Les tentures étaient d’un bleu à peine plus foncé. Deux tableaux représentant des anges sur des nuages décoraient la pièce. Le plancher était en bois. Il avait l’air récent.

Tout près du lit, du côté de la fenêtre, se trouvait une table en métal comme en voit dans les hôpitaux. Je la devinais montée sur roulettes. Je me penchai pour m’en assurer. Sur le dessus était posé un bloc note grand format et un crayon. Je m’étirai pour voir si on y avait écrit quelque chose. La feuille était vierge. De l’autre côté de ma tête de lit se trouvait une table de chevet à deux tiroirs. J’ouvris le tiroir du haut. Il contenait un dossier à la couverture bleu ciel. Décidément, ils devaient avoir eu un gros rabais sur cette couleur, me dis-je en souriant. Je le pris pour le regarder de plus près. Il comportait une étiquette avec mon nom et un numéro inconnu.

Je m’apprêtais à regarder son contenu lorsque des pas se firent entendre derrière la porte. Je remis le dossier à sa place en vitesse et je refermai le tiroir juste au moment où la porte s’ouvrait.

– Que faisiez-vous Éric ? Je vous croyais toujours endormi ! dit en entrant et sur un ton taquin cette dame que j’avais découverte plus tôt dans le coin de la chambre, à superviser sa consœur, Maryse.

– Rien, je regardais partout. Je réfléchissais.

– Vous n’étiez pas plutôt en train de regarder dans le tiroir ?

Elle se dirigea vers le petit bureau, l’ouvrit et sembla quelque peu contrariée à la vue du dossier bleu.

– Je m’en doutais, Maryse l’a encore oublié. Ce dossier, ajouta-t-elle en le prenant dans sa main, ne devrait pas se trouver ici, mais dans le classeur du bureau de Mme Holm.

Elle plaça le dossier sur le pied du lit.

– Permettez-moi de me présenter, je suis Huguette Voisard, fit-elle en souriant généreusement.

Elle s’approcha d’un pas en me tendant une main que je saisis aussitôt.

– Éric Atkins, enchanté, Mme Voisard.

– Bien, les présentations sont faites, mais ce n’est pas tout, comme le dit Mme Holm, le temps passe et les gens trépassent, alors allons-y sans plus tarder.

- Et où allons-nous ? demandai-je sans relever pour autant l’étrangeté de sa phrase.

– Ah ! C’est pourtant vrai, je ne vous l’ai pas encore dit. Nous allons voir la directrice, Mme Holm, à son bureau.


– Attendez, fis-je un peu contrarié. Avant d’aller quelque part, j’aimerais savoir où je suis ? Cette chambre… on dirait une sorte d’hôpital ou de maison de repos, je ne sais trop. Je regarde par la fenêtre et je ne vois que des arbres, aucun immeuble voisin, pas de rue. Aucun point de repère.

– Justement, c’est pour tout vous expliquer que Mme Holm vous attend, Éric.

Mme Voisard s’approcha d’un des murs de la chambre et décrocha de son support une robe de chambre que je n’avais même pas remarquée tant sa couleur bleue était voisine de celle des murs. Elle me l’apporta.

– Tenez, mettez ceci, s’il vous plait.

Je pris le vêtement en me faisant la remarque que sa couleur ne faisait pas très viril, pas plus que celle de mon pyjama d’ailleurs.

– Ne vous en faites pas pour ce bleu délicat, dit Mme Voisard en suivant mon regard, il a un rôle thérapeutique.

J’enfilai la robe de chambre en descendant du lit. Mais à peine avais-je posé le pied sur le sol que je sentis un étourdissement. Pour me rattraper, je posai une main sur le lit et tout rentra dans l’ordre.


– Rien ne presse vous savez, si vous préférez nous pouvons remettre ce rendez-vous à plus tard, proposa Mme Voisard à laquelle mon déséquilibre n’avait pas échappé.

– Je me suis senti un peu étourdi, mais maintenant ça va. J’ai hâte de savoir…

Elle sembla satisfaite de ma réponse et elle m’indiqua d’un geste la direction de la porte. Je fis quelques pas sans trop de mal, puis mes jambes se mirent à vaciller. En un éclair, je sentis monter en moi une intense bouffée de chaleur et je tombai à genoux sur le sol. J’entendis vaguement Mme Voisard me reprocher quelque chose. Je sentis ses bras autour de ma poitrine puis tout devint noir.

***

– Alors ça va mieux, Éric ?


J’ouvris les yeux. Maryse était là, en compagnie de Mme Voisard. J’allais m’inquiéter à propos de ma perte de conscience, me demandant si je n’avais pas conservé quelques séquelles de ma tentative de suicide, mais leur calme à toutes deux me rassura et je chassai mes interrogations.

– Oui, je vais beaucoup mieux, fis-je d’un air aussi convaincu que possible.

J’ouvris grands les yeux et je portai mes mains à mon visage pour le masser vigoureusement. J’avais la bouche engourdie. Il me semblait que je devais avoir une haleine terrible. Je remarquai soudain que ma barbe avait été rasée. Je passai le dessus de mes doigts sur ma joue pour m’en assurer.

– Si vous voulez manger un morceau, suggéra Mme Voisard.

Elle avait prononcé ces mots avec une gentillesse infinie, tout en m’indiquant un plateau rempli de fruits posé sur la table.

– Vous devriez avoir faim, ajouta Maryse.

– Je ressens une petite fringale justement, merci.


Mme Voisard me regarda curieusement. Une horrible idée me traversa alors l’esprit. Et si je me trouvais dans une sorte de clinique expérimentale secrète et que ces fruits contenaient une substance
quelconque ? Je me ressaisis sur-le-champ.

– Puis-je voir cette dame maintenant, celle dont vous m’avez parlée, Mme Holm ? demandai-je. J’aimerais bien avoir des réponses à mes questions.

– Certainement, fit Maryse s’empressant d’aller chercher la robe de chambre qui se confondait avec le mur. Elle me la tendit pendant que je croquais quelques raisins prélevés sur le plateau. Ils étaient délicieux et je m’en pris une large poignée au risque de paraitre mal élevé.

Madame Voisard s’approcha pour m’aider à passer la robe de chambre. Maryse déplaça la table à roulettes pour faire de la place près du lit. Je me levai sans peine et je posai le pied sur le sol pour constater avec bonheur que, cette fois, aucun étourdissement ne se manifestait.

– Je vous sens plus solide que vous l’étiez hier, fit Mme Voisard, pendant que je faisais enfin quelques pas vers la sortie de la chambre.

– Hier, fis-je, m’arrêtant tout net. Mais depuis combien de temps suis-je ici ?

Maryse se mit à rire de bon cœur.


– Ne vous inquiétez pas de ça, dit-elle d’une voix rassurante en s’approchant de moi au point que je pouvais sentir la chaleur de son corps.

À ma grande surprise, elle me fit face, prit ma main droite et la posa bien à plat au centre de sa poitrine, juste un peu au-dessus de ses seins. Ce geste m’apparut quelque peu déplacé, mais il était surtout troublant, car ma main se mit aussitôt à entrer dans une sorte de vibration qui s’intensifiait. C’était une sensation très agréable que je ne crois pas avoir jamais ressentie auparavant. Tout en ajustant ma main bien à plat au milieu de sa poitrine, elle me regardait droit dans les yeux.

- N’avez-vous pas toute la vie devant vous ? demanda-t-elle.

Je compris tout de suite ce qu’elle voulait dire. Au moment où j’avais avalé toutes ces pilules pour me donner la mort, le temps n’avait forcément pour moi aucune importance.

Elle me rendit ma main alors que moi je l’aurais volontiers laissée là où elle était. Mme Voisard nous avait précédés et avait ouvert la porte de la chambre. Elle me désigna des pantoufles posées sur le sol. Je les chaussai et je sortis le premier pour découvrir un long corridor de maison conventionnelle et non pas un corridor d’hôpital rempli de gens affairés.

Les murs étaient toujours bleu ciel, comme ceux de la chambre. Ici et là, quelques toiles les décoraient. Toutes celles que je pouvais apercevoir représentaient des anges venant en aide à des gens dans différentes situations. Pendant un moment, je songeai que j’étais peut-être mort après tout ! Je me pinçai l’avant-bras discrètement. La douleur me confirma que j’étais bien en vie et… sans doute un peu sot. En arrivant à une jonction avec un autre corridor, je me retournai vers mes guides. Mme Voisard me pointa la droite. Je m’y dirigeai.


De toute évidence, le bâtiment était de facture récente. Sur le sol se trouvait un tapis moelleux d’un bleu légèrement plus foncé que celui des murs. Il étouffait le bruit de nos pas, ce qui me fit remarquer ce silence qui nous entourait. Il n’y avait aucun bruit, aucun son indiquant une quelconque activité dans le bâtiment pourtant de bonne taille. Comme si, à part nous, l’immeuble avait été complètement vide. Je passai devant quelques portes toutes identifiées par un simple numéro au centre de chacune d’elles. Finalement, une gravure attira mon attention plus que les autres. Elle était accrochée près d’une porte portant le numéro 01. Deux anges y aidaient une personne à gravir un escalier conduisant à une lumière intense.

– C’est ici, fit Maryse de sa voix douce.

– Entrez sans frapper, vous êtes attendu, précisa Mme Voisard.

Les deux femmes me saluèrent puis s’éloignèrent. Avant de disparaitre, Maryse me jeta un dernier coup d’œil. La petite lueur que je perçus alors dans son regard me remplit d’une agréable sensation que je n’aurais pu définir avec précision. Il me semblait que cette femme m’accordait une attention toute spéciale. Je posai la main sur la poignée de la porte et j’entrai.

Fin de l'extrait.

 

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